mardi 28 février 2017

Le rossignol et l'orvet



Il était une fois un rossignol et un orvet qui n'avaient chacun qu'un seul œil et qui vécurent longtemps ensemble, dans la même maison, en paix et en harmonie. Un jour, cependant, le rossignol fut invité à un mariage. Il dit alors à l'orvet: « On m'a invité à un mariage et je n'ai pas très envie d'y aller avec un seul œil. Sois gentil et prête-moi le tien, je te le rendrai demain. » Et l'orvet le lui donna par obligeance.
Mais le lendemain, quand le rossignol rentra chez lui, il était tellement content d'avoir deux yeux et de pouvoir voir des deux côtés, qu'il ne voulut pas rendre au malheureux orvet l'œil que celui-ci lui avait prêté. L'orvet jura alors de se venger sur lui, sur ses enfants et les enfants de ses enfants. « Très bien, dit le rossignol, tu n'as qu'à aller et à chercher:
Je fais mon nid dans des tilleuls,
Si hauts, si hauts, si hauts, si hauts,
Que tu ne le trouveras jamais! »
Depuis ce temps-là, tous les rossignols ont deux yeux et les orvets n'ont pas d'yeux. Mais là où le rossignol fait son nid, il y a toujours aussi, en bas, dans les buissons, un orvet qui n'a de cesse de grimper en haut de l'arbre et de percer les œufs de son ennemi ou de les vider.

lundi 27 février 2017

L'ogre - Grimm



Une reine déposa sur la mer le berceau d'or dans lequel reposait son enfant et laissa les flots l'emporter. Mais le berceau ne coula pas et il vogua vers une île où il ne vivait que des mangeurs d'hommes. Au moment où le berceau approcha de île, l'épouse de l'ogre était justement sur le rivage et, quand elle vit l'enfant, qui était une petite fille magnifique, elle décida de l'élever pour son fils, qui l'épouserait plus tard. Mais il fallait absolument qu'elle la cache soigneusement de son mari, le vieil Ogre, car s'il la voyait, il la dévorerait toute crue.
À présent que la fillette avait grandi, elle devait épouser le jeune Ogre. Or elle ne pouvait absolument pas le souffrir et passait ses journées à pleurer. Un jour qu'elle était assise ainsi sur la rive, un prince jeune et beau arriva à la nage. Il lui plut et elle lui plut également, et ils se fiancèrent. Sur ces entrefaites, la vieille ogresse les surprit. Elle entra dans une colère terrible en voyant ce prince auprès de la fiancée de son fils et parvint aussitôt à l'attraper: « Attends un peu, on te fera rôtir pour le mariage de mon fils! »
Or le jeune prince, la jeune fille et les trois enfants de l'ogre dormaient dans la même chambre. Une nuit, le vieil ogre eut envie de viande humaine et dit: « Femme, je n'ai pas envie d'attendre jusqu'au mariage, donne-moi le prince tout de suite! » Mais la jeune fille avait tout entendu à travers le mur. Elle se leva bien vite, enleva à l'un des enfants de l'ogre la couronne qu'il avait sur la tête et la posa sur celle du prince. La vieille ogresse arriva et, comme il faisait noir, elle toucha les têtes des dormeurs et apporta celui qui n'avait pas de couronne à son mari, qui le dévora en un clin d'œil. Pendant ce temps, la jeune fille fut prise d'une peur bleue et elle se disait: « Quand il fera jour, tout se saura et c'en sera fait de nous. » Elle se leva donc en cachette, alla chercher une botte de sept lieues, une baguette magique et un gâteau contenant un haricot qui répondait à chaque fois qu'on lui parlait.
Elle partit donc avec le prince, ils avaient chaussé la botte de sept lieues et, à chaque pas, ils faisaient sept lieues. De temps en temps, ils demandaient au haricot:
- Haricot, es-tu toujours là?
- Oui, oui, je suis là, mais dépêchez-vous, car la vieille ogresse vous rattrape avec l'autre botte de sept lieues qui est restée là-bas!
La jeune fille prit alors la baguette magique; elle se transforma elle-même en cygne, et elle changea le prince en un étang sur lequel nageait le cygne. L'ogresse arriva et essaya d'attirer le cygne vers la rive, mais elle n'y parvint pas et elle rentra chez elle, dépitée. La jeune fille et le prince poursuivirent leur chemin:
- Haricot, es-tu là?
- Oui, oui, je suis là, mais la vieille ogresse revient déjà: l'ogre lui a demandé pourquoi elle s'est laissé berner.
La jeune fille prit alors la baguette magique et se transforma, elle et le prince, en un nuage de poussière à travers lequel l'ogresse ne put passer. Elle dut donc rentrer chez elle bredouille, et les deux autres poursuivirent leur chemin.
- Haricot, es-tu là?
- Oui, oui, je suis là, mais je vois la dame ogresse revenir encore une fois, et elle fait des pas énormes.
La jeune fille prit la baguette magique pour la troisième fois; elle se transforma elle-même en rosier, et elle changea le prince en abeille. La vieille ogresse arriva, ne les reconnut pas sous l'apparence qu'ils avaient prise, et rentra chez elle.
Mais les deux jeunes gens ne pouvaient retrouver leur forme humaine parce que, dans sa peur, la jeune fille avait jeté la baguette magique trop loin. Or ils avaient déjà fait tant de chemin que le rosier se trouvait dans un jardin qui appartenait à la mère de la jeune fille. L'abeille était posée sur la rose et, quand quelqu'un voulait cueillir la rose, elle le piquait de son dard. Un jour, il se trouva que la reine se rendit en personne dans ce jardin. Elle vit la belle fleur et en fut si émerveillée qu'elle voulut la cueillir. Mais la petite abeille arriva et lui piqua la main si fort de son dard que la reine dut lâcher la rose. Cependant, elle avait déjà un peu brisé la tige. Elle vit alors qu'il en coulait du sang et fit venir une fée pour que celle-ci délivre la fleur de son enchantement. La reine reconnut alors sa fille et se réjouit de tout son cœur. On célébra alors un grand mariage auquel on convia une foule d'invités qui vinrent vêtus de tenues somptueuses. Des milliers de bougies scintillaient dans la salle, et les jeux et les danses se poursuivirent jusqu'au petit matin.
- « Étais-tu au mariage, toi aussi?
- Bien sûr que j'y étais:
Mon chapeau était de beurre, je suis allé au soleil
Et il a fondu;
Mon habit était de toile d'araignée, je suis passé par des épines,
Qui me l'ont déchiré;
Mes souliers étaient de verre, j'ai marché sur une pierre
Et ils se sont cassés en deux. »

dimanche 26 février 2017

La main avec le couteau - Grimm



Il était une fois une petite fille qui avait trois frères. Ces derniers étaient ce que leur mère avait de plus cher, tandis que la fillette était toujours lésée et rudoyée. Elle devait se lever tôt tous les jours pour aller chercher, dans une lande desséchée, la tourbe dont ils avaient besoin pour faire la cuisine et pour se chauffer. En plus de cela, on lui donnait, pour faire ce travail pénible, un vieil outil émoussé.
Or la petite fille avait un fiancé, c'était un elfe qui habitait dans une colline près de la maison de sa mère. À chaque fois que la petite fille passait près de la colline, il sortait sa main de la falaise et lui tendait un couteau très tranchant, qui avait une force inouïe et qui pouvait tout couper. A l'aide de ce couteau, elle avait tôt fait de découper la tourbe, et quand elle repassait devant la falaise, elle y toquait deux fois, alors la main ressortait et reprenait le couteau.
Cependant, la mère s'aperçut que la fillette rapportait toujours la tourbe rapidement et facilement, et elle raconta aux frères que quelqu'un devait l'aider dans son travail, sinon, elle n'y arriverait pas. Ses frères la suivirent donc un jour et virent comment on lui donnait le couteau magique. Ils la rattrapèrent et le lui arrachèrent par la force. Ensuite, ils prirent le chemin du retour, frappèrent à la falaise comme elle avait coutume de le faire, et quand le bon elfe tendit la main, ils la lui tranchèrent avec son propre couteau. Le bras ensanglanté rentra dans la falaise, et comme l'elfe croyait que sa fiancée avait fait cela pour le trahir, on ne le revit plus jamais.

samedi 25 février 2017

Comment des enfants ont joué au boucher - Grimm



I.

Dans une ville du nom de Franecker, située en Frise occidentale, il arriva que de jeunes enfants, âgés de cinq et six ans, des filles et des garçons, jouent ensemble. Et ils décidèrent qu'un petit garçon serait le boucher, qu'un autre serait le cuisinier et qu'un troisième petit garçon serait le cochon. Une petite fille, ainsi décidèrent-ils, serait la cuisinière, et encore une autre serait la fille de cuisine. Et la fille de cuisine devrait recueillir le sang du cochon dans un récipient pour qu'on puisse en faire des saucisses. Le boucher s'approcha donc, comme convenu, du petit garçon qui devait être le cochon, le renversa et lui trancha la gorge avec un petit couteau, et la fille de cuisine recueillit le sang dans son petit récipient. Un conseiller du maire qui passait justement par-là vit ce malheur: il alla aussitôt chercher le petit boucher et l'emmena chez le maire, qui convoqua tout le conseil sur-le-champ. Ils étaient tous penchés sur cette affaire et ne savaient quelle décision prendre, car ils voyaient bien que c'était arrivé pendant un jeu d'enfants. L'un d'entre eux, un homme âgé et sage, suggéra que le juge supérieur prenne une belle pomme rouge dans une main et un florin rhénan dans l'autre, qu'il appelle l'enfant et qu'il lui tende ses deux mains en même temps. Si l'enfant prenait la pomme, il serait déclaré innocent, mais s'il prenait le florin, il serait tué. On suivit ce conseil. L'enfant saisit la pomme en riant et fut donc déclaré libre de toute punition.

II.

Un jour, un père de famille égorgea un cochon, et ses enfants le virent faire. Un après-midi, comme ils voulaient jouer ensemble, l'un des enfants dit à l'autre: « Toi, tu seras le petit cochon, et moi, je serai le boucher. » Sur ces mots, l'enfant saisit un couteau et le planta dans le cou de son petit frère. La mère, qui était en haut dans la maison, occupée à baigner son dernier-né dans un baquet, entendit les cris de son autre enfant. Elle descendit aussitôt l'escalier en courant et, quand elle vit ce qui s'était passé, elle retira le couteau du cou de son enfant et, sous l'effet de la colère, elle le planta dans le cœur de celui qui avait été le boucher. Elle se précipita ensuite dans la pièce pour voir ce que faisait l'enfant qu'elle avait laissé dans le bain, mais entre-temps, celui-ci s'était noyé. La femme en fut si effrayée qu'elle sombra dans le désespoir. Ses domestiques ne parvinrent pas à la consoler et elle se pendit. Le mari rentra des champs et, à la vue de tout cela, il eut tant de chagrin qu'il mourut peu de temps après.

vendredi 24 février 2017

Le chat botté - Grimm


Un meunier avait trois fils, son moulin, un âne et un chat. Les fils devaient moudre le blé, l'âne allait chercher le grain et le chat attrapait les souris. Quand le meunier mourut, les trois fils partagèrent l'héritage: l'aîné eut le moulin, le puîné l'âne et le cadet eut le chat, car il ne restait rien d'autre pour lui. Il était tout attristé et se disait: « C'est moi qui ai fait le plus mauvais héritage: mon premier frère peut moudre du blé, mon second frère peut monter sur le dos de son âne, mais moi, que puis-je bien faire de ce chat? Une fois que je me serai fait faire une paire de gants fourrés avec sa peau, c'en sera fini. » « Écoute, dit le chat, qui avait compris tout ce qu'il avait dit, tu n'as pas besoin de me tuer pour te faire une paire de mauvais gants avec ma fourrure. Fais-moi seulement fabriquer une paire de bottes pour que je puisse sortir et me montrer dans le monde, et ton bonheur sera bientôt fait. »
Le fils du meunier fut étonné d'entendre le chat parler ainsi, mais comme le cordonnier passait justement par-là, il lui demanda d'entrer et lui fit prendre les mesures du chat pour lui faire une paire de bottes. Quand celles-ci furent prêtes, le chat les chaussa; il prit ensuite un sac dont il recouvrit le fond de grain et à l'ouverture duquel il fixa une corde permettant de le fermer. Il jeta le sac sur son dos et franchit la porte de la maison en marchant comme un homme, sur ses pattes arrière.
En ce temps-là, il régnait dans ce pays un roi qui aimait beaucoup manger des perdrix. Mais c'était une vraie pénurie, car il était impossible d'en trouver. La forêt tout entière en était pleine, mais elles étaient si farouches qu'aucun chasseur ne parvenait à les attraper. Le chat savait cela et il voulut s'y prendre mieux que les chasseurs. Une fois dans la forêt, il ouvrit son sac, répandit le grain par terre et dissimula la corde dans l'herbe en la faisant passer derrière une haie. Il s'y cacha lui-même, rôdant et restant à l'affût. Les perdrix accoururent bientôt, elles trouvèrent le grain et, l'une après l'autre, elles entrèrent dans le sac. Quand il y en eut un bon nombre à l'intérieur, le chat tira sur la corde, puis il accourut et leur tordit le cou. Il jeta ensuite le sac sur son dos et se rendit tout droit au château du roi. La garde l'interpella:
- Halte! où allez-vous?
- Chez le roi, répondit le chat sans détour.
- Es-tu fou? Qu'irait donc faire un chat chez le roi?
- Laisse-le, dit un autre. Tu sais bien que le roi s'ennuie souvent, et peut-être que les ronronnements de ce chat le divertiront.
En arrivant chez le roi, le chat lui fit une révérence et lui dit: « Mon maître, le comte - et il donna un nom très long et distingué - présente ses compliments à Votre Majesté et lui envoie ici des perdrix qu'il vient de prendre dans ses collets. » Le roi s'étonna à la vue des belles perdrix bien grasses. Il ne se sentait plus de joie et ordonna au chat de mettre dans son sac autant d'or de son trésor qu'il pourrait en porter: « Porte cela à ton maître, et remercie-le encore mille fois pour son cadeau. »
Le pauvre fils du meunier était assis chez lui, à sa fenêtre, et se disait qu'il venait de dépenser pour les bottes du chat le peu d'argent qui lui restait, et il se demandait ce que celui-ci pourrait bien lui rapporter en échange. C'est alors que le chat entra. Il jeta son sac à terre et versa l'or qu'il contenait aux pieds du meunier: « Tiens, voilà pour les bottes. Le roi me charge également de te saluer et de te remercier mille fois. » Le meunier se réjouissait de ces richesses, même s'il ne parvenait pas encore vraiment à comprendre ce qui s'était passé. Quant au chat, tout en retirant ses bottes, il lui raconta tout, puis il lui dit: « Certes, tu as maintenant assez d'argent, mais les choses ne s'arrêteront pas là: demain, je chausserai mes bottes de nouveau et tu deviendras encore plus riche. D'ailleurs, j'ai dit au roi que tu étais comte. » Le lendemain matin, le chat retourna à la chasse, comme il l'avait dit, chaussé de ses belles bottes, et il rapporta au roi beaucoup de gibier.
La même chose se reproduisit tous les jours, et tous les jours, le chat rapportait de l'or à la maison. Il était si apprécié du roi qu'il pouvait entrer et sortir comme il voulait et aller où bon lui semblait dans le château. Un jour qu'il était dans la cuisine du roi, en train de se chauffer près du fourneau, le cocher arriva et poussa un juron: « J'aimerais que le roi et la princesse soient entre les mains du bourreau! Moi qui voulais aller à l'auberge pour boire un coup et jouer aux cartes, voilà que je dois les emmener en promenade au bord du lac! » Aussitôt qu'il entendit cela, le chat rentra discrètement chez lui et dit à son maître: « Si tu veux devenir comte et être riche, viens avec moi jusqu'au lac et baigne-toi dedans. » Le meunier ne sut quoi répondre, mais il suivit tout de même le chat, se déshabilla complètement et plongea dans l'eau. Quant au chat, il prit ses habits, les emporta et les cacha. À peine avait-il terminé que le carrosse du roi arriva. Le chat se mit aussitôt à se lamenter de la façon la plus poignante qui soit: « Ah, Votre Majesté! Mon maître était en train de se baigner dans ce lac quand un voleur est arrivé et a volé ses vêtements qui étaient posés sur la rive. Maintenant, Monsieur le Comte est dans l'eau sans pouvoir en sortir, et s'il y reste plus longtemps, il risque de prendre froid et d'en mourir. » Quand il entendit cela, le roi fit arrêter son carrosse et envoya un de ses hommes au château rapporter des vêtements de la garde-robe royale. Monsieur le Comte passa ces habits somptueux et, comme le roi était de toute façon bien disposé à son égard à cause des perdrix qu'il pensait avoir reçues de lui, il lui fît prendre place dans son carrosse. La princesse n'en était pas fâchée non plus, car le comte était jeune et bien fait de sa personne, et il lui plaisait bien.
Le chat, de son côté, avait pris de l'avance et était arrivé au bord d'une grande prairie où plus d'une centaine de gens étaient en train de faire les foins.
- Eh, vous autres, à qui est cette prairie? demanda le chat.
- Au grand magicien.
- Écoutez, le roi va bientôt passer par ici. S'il demande à qui est cette prairie, répondez-lui: 'Au Comte'. Et si vous ne le faites pas, vous serez tous tués.
Sur ce, le chat poursuivit son chemin et arriva près d'un champ de blé qui était si grand qu'on ne pouvait manquer de le voir, et où plus de deux cents personnes étaient occupées à moissonner.
- Eh, vous autres, à qui est ce blé?
- Au magicien.
- Écoutez, le roi va bientôt passer par ici. S'il demande à qui est ce blé, répondez-lui: 'Au Comte'. Et si vous ne le faites pas, vous serez tous tués.
Le chat parvint enfin à une magnifique forêt où plus de trois cents personnes étaient en train d'abattre de grands chênes et de couper du bois.
- Eh, vous autres, à qui est cette forêt?
- Au magicien.
- Écoutez, le roi va bientôt passer par ici. S'il demande à qui est cette forêt, répondez-lui: 'Au Comte'. Et si vous ne le faites pas, vous serez tous tués.
Le chat continua son chemin et tout le monde le suivit des yeux. Et comme il avait une apparence si étrange et qu'il marchait comme un homme avec ses bottes, ils eurent peur de lui. Le chat arriva bientôt au château du magicien. Il y entra hardiment et alla se poster devant lui. Le magicien le regarda d'un air méprisant et lui demanda ce qu'il voulait. Le chat fit une révérence et dit:
- J'ai entendu dire que tu pouvais te transformer à ta guise en n'importe quel animal. Je veux bien le croire, s'il s'agit d'un chien, d'un renard ou encore d'un loup. Mais que tu te transformes en éléphant, cela me semble impossible, et'je suis justement venu pour m'en persuader.
- C'est peu de choses pour moi, répondit fièrement le magicien, qui se changea aussitôt en éléphant.
- C'est déjà beaucoup, mais peux-tu aussi te changer en lion? dit le chat.
- Ça aussi, c'est une bagatelle, répondit le magicien, et aussitôt, un lion apparut devant le chat.
Le chat fit semblant d'être effrayé et s'écria:
- Voilà qui est incroyable et inouï! Même en rêve, je n'aurais jamais pu imaginer une chose pareille! Mais ce qui serait au-dessus de tout, c'est si tu pouvais te transformer en un animal aussi petit qu'une souris. Tu as certainement plus de pouvoir que n'importe quel magicien au monde, mais cela sera certainement au-dessus de tes forces.
- Mais si, gentil petit chat, je peux faire cela aussi, répondit le magicien, que ces douces paroles avaient rendu tout miel, tout sucre, et il se mit à courir à travers la pièce sous l'apparence d'une souris.
Le chat se lança à sa poursuite, rattrapa la souris d'un bond et l'avala. Pendant ce temps, le roi avait poursuivi la promenade avec le comte et la princesse, et arriva près de la grande prairie.
- À qui est ce foin? demanda le roi.
- À Monsieur le Comte, lui répondit-on en chœur, comme le chat l'avait ordonné.
- Vous avez là une belle parcelle de terre, Comte, dit le roi.
Ils arrivèrent ensuite au grand champ de blé.
- Eh, vous, à qui est ce blé?
- À Monsieur le Comte.
- Eh bien, Comte, vous avez de belles et de vastes terres!
Puis ils parvinrent près de la forêt:
- Eh, vous, à qui est cette forêt?
- À Monsieur le Comte.
Le roi fut encore plus étonné et dit: « Vous devez être un homme très riche, Comte. Je ne crois pas que j'aie une forêt aussi magnifique. » Ils atteignirent finalement le château. Le chat se tenait en haut de l'escalier et quand la voiture s'arrêta au pied de celui-ci, il fut en bas d'un bond et ouvrit la porte du carrosse en disant: « Majesté, vous êtes ici au château de mon maître, le Comte, et l'honneur que vous lui faites le rendra heureux jusqu'à la fin de ses jours. » Le roi mit pied à terre et fut émerveillé à la vue du bâtiment somptueux, qui était presque plus grand et plus beau que son propre château. Le comte, quant à lui, monta l'escalier en tenant le bras de la princesse et la mena dans la salle qui scintillait d'or et de pierres précieuses.
On conclut alors le mariage de la princesse et du comte, et quand le roi mourut, celui-ci prit sa place sur le trône et fit du chat botté son premier ministre.

jeudi 23 février 2017

Princesse Peau-de-souris - Grimm



Un roi avait trois filles. Un jour, il voulut savoir laquelle d'entre elles l'aimait le plus. Il les appela près de lui et le leur demanda. L'aînée dit qu'elle l'aimait plus que le royaume tout entier; la deuxième, qu'elle l'aimait plus que toutes les pierres précieuses et que toutes les perles au monde; quant à la troisième, elle lui dit qu'elle l'aimait plus que le sel. Le roi se mit en colère que sa fille compare son amour pour lui avec une chose d'aussi peu de valeur. Il confia sa fille à un serviteur et lui ordonna de l'emmener dans la forêt et de la tuer. Quand ils arrivèrent dans la forêt, la princesse supplia le serviteur de lui laisser la vie sauve. Celui-ci lui était dévoué et ne il l'aurait pas tuée, de toute façon. Il lui dit aussi qu'il allait rester près elle pour exécuter ses moindres ordres. Cependant, la princesse ne voulut rien d'autre qu'une robe faite en peau de souris, et une fois qu'il la lui eut apportée, elle s'en enveloppa et partit. Elle se rendit tout droit à la cour d'un roi voisin, se fit passer pour un homme et pria le roi de la prendre à son service. Le roi accepta et en fit son valet de chambre. Le soir, elle devait lui retirer ses bottes, et à chaque fois, il les lui jetait à la tête. Un jour, il lui demanda d'où elle venait. « Du pays où l'on ne jette pas les bottes à la tête des gens », lui répondit-elle. Cela éveilla la curiosité du roi. Finalement, ses serviteurs lui apportèrent un jour une bague. Peau-de-souris l'avait perdue, mais il avait dû la voler car elle était bien trop précieuse pour lui. Le roi fit venir Peau-de-souris et lui demanda d'où venait cette bague. Peau-de-souris ne put alors dissimuler plus longtemps qui elle était. Elle se débarrassa de la peau de souris qui l'enveloppait: ses cheveux blonds dorés s'en échappèrent et elle apparut si belle, mais si belle que le roi ôta immédiatement sa couronne pour la lui poser sur la tête, et il déclara qu'elle serait son épouse.
Le père de Peau-de-souris fut aussi invité au mariage. Il croyait que sa fille était morte depuis longtemps et il ne la reconnut pas. Mais, à table, tous les plats qu'on lui présenta avaient été préparés sans sel. Il se fâcha alors et dit: « J'aime mieux mourir, plutôt que manger des plats comme ceux-là! » Quand il eut dit ces mots, la reine s'adressa à lui: « Voilà qu'à présent, vous ne voulez plus vivre sans sel, et cependant, vous avez voulu me tuer, un jour, pour avoir dit que je vous aimais plus que le sel! » Le roi reconnut alors sa fille. Il l'embrassa et lui demanda de lui pardonner, et maintenant qu'il l'avait retrouvée, elle lui était plus chère que son royaume et que toutes les pierres précieuses au monde.

mercredi 22 février 2017

La Mort et le gardien d'oies - Grimm



Un pauvre berger gardant un troupeau d'oies blanches marchait un jour au bord d'un cours d'eau large et impétueux. La Mort franchit l'eau et s'approcha de lui, et le berger lui demanda d'où elle venait et où elle allait. La Mort répondit qu'elle venait de l'eau et qu'il s'apprêtait à quitter le monde. Le pauvre gardien d'oies lui demanda ensuite ce que l'on pouvait bien faire pour quitter le monde. La Mort répondit qu'il fallait traverser l'eau pour atteindre le monde nouveau qui se trouvait sur l'autre rive. Le berger lui confia qu'il était las de sa vie ici-bas et pria la Mort de l'emmener avec lui de l'autre côté. La Mort lui répondit que son heure n'était pas encore venue et qu'elle avait encore à faire ce jour-là. Il y avait cependant, non loin de là, un avare qui passait ses nuits, allongé sur sa couche, à se demander ce qu'il pouvait bien faire pour réunir encore plus d'argent et de biens. La Mort le conduisit au bord de l'eau et l'y poussa. Mais comme l'avare ne savait pas nager, il se noya et fut entraîné au fond avant d'avoir pu rejoindre l'autre rive. Ses chiens et ses chats, qui l'avaient suivi, se noyèrent avec lui. Quelques jours plus tard, la Mort vint trouver le berger, lui aussi. Elle le trouva en train de chanter gaiement et lui demanda: « Veux-tu me suivre, à présent? » Il acquiesça et arriva sans encombre sur l'autre rive, avec ses oies blanches, qui furent toutes transformées en moutons blancs. Le gardien d'oies regarda ce beau pays et entendit que les bergers y devenaient rois et, pendant qu'il regardait attentivement autour de lui, les patriarches Abraham, Isaac et Jacob vinrent à sa rencontre. Ils posèrent sur sa tête une couronne de roi et le conduisirent au château des bergers, où on peut le trouver aujourd'hui encore.

mardi 21 février 2017

La baguette de coudrier - Grimm



Un après-midi, le petit Jésus s'était couché dans son berceau et s'était endormi. Sa mère s'approcha alors de lui et dit, en le regardant, pleine de joie: « Tu es allé te coucher, mon enfant, n'est-ce pas? Dors en paix, je vais aller dans la forêt pendant ce temps, pour te cueillir une poignée de fraises: je sais que cela te fera plaisir quand tu te réveilleras. » Dehors, dans la forêt, elle trouva un endroit où poussaient les plus belles fraises, mais quand elle se baissa pour en cueillir une, une vipère jaillit hors de l'herbe. La Vierge prit peur, laissa là les fraises et s'enfuit. La vipère la poursuivit, mais la mère de Dieu, vous vous en doutez bien, a su remédier à la situation: elle s'est cachée derrière un buisson de coudrier et resta là, immobile, jusqu'à ce que la vipère soit repartie se cacher. Elle cueillit ensuite les fraises puis, en prenant le chemin du retour, elle dit: « Comme le buisson de coudrier m'a servi de refuge cette fois, qu'il soit aussi le refuge des autres hommes à l'avenir. » Voilà pourquoi, depuis des temps immémoriaux, une tige verte de coudrier est la protection la plus sûre contre les vipères, les serpents et toutes les autres créatures qui rampent sur le sol.

lundi 20 février 2017

Le banquet céleste - Grimm



Un pauvre petit paysan entendît un jour à l'église le prêtre dire que, quand on voulait entrer au paradis, il fallait marcher droit. Il se mit en route, allant toujours tout droit devant lui, par monts et par vaux, sans jamais se détourner. A la fin, son chemin le conduisit dans une grande ville et au milieu d'une belle église où on célébrait le service divin. En voyant toute cette magnificence, il s'imagina qu'il était arrivé dans le ciel, et, plein de joie, il s'y arrêta.

Quand l'office fut terminé, le sacristain lui dit de sortir, mais il répond: « Non, je ne sors pas, je suis enfin au ciel et j'y reste. » Le sacristain alla trouver le curé et lui dit qu'il y avait dans l'église un enfant qui ne voulait pas en sortir et qui s'imaginait être en Paradis, « S'il le croit ainsi, dit le curé, il faut l'y laisser. » Là-dessus, il vint auprès de l'enfant et lui demanda s'il voulait travailler. Le petit répondit que oui et qu'il était habitué au travail, mais qu'il ne voulait pas sortir du ciel.

Il resta donc dans l'église; et, comme il y voyait les fidèles adorer à genoux une statue en bois de l'enfant Jésus, il s'imagina que c'était là le bon Dieu et dit à cette image. « Que tu es maigre, ô mon Dieu! certainement ces gens-là ne te donnent pas à manger: je partagerai mon pain avec toi tous les jours. » Il entendit alors une voix qui lui disait: « Donne à ceux qui ont faim, et tu me nourriras. »

A la porte de l'église, une pauvre vieille femme tendait sa main tremblante aux passants. L'enfant lui donna la moitié de son pain; puis il regarda la statue, et il lui sembla qu'elle souriait; il fit ainsi chaque jour, et la statue paraissait contente.

Quelque temps après il tomba malade, et pendant huit jours il ne sortit pas de son lit. Dès qu'il put se lever, il vint s'agenouiller aux pieds de l'enfant Jésus. Le curé, qui le suivait, l'entendit prier ainsi: « Mon Dieu, ne m'accuse pas si depuis si longtemps je ne t'ai pas nourri; j'étais malade, je ne pouvais me lever. »

Comme il restait à genoux, le curé lui demanda ce qu'il faisait. « Oh! mon père, répondit-il, voici ce que me dit l'enfant Jésus: « J'ai vu ta bonne « volonté » et cela suffit. Dimanche prochain ce « sera toi qui viendras avec moi au festin céleste. »

Le prêtre pensa que Dieu lui ordonnait de donner la communion au pauvre petit; il le prépara donc à ce grand jour. Le dimanche l'enfant assista au service divin; mais au moment de la communion, Dieu le rappela à lui et le fit asseoir au festin céleste.

dimanche 19 février 2017

La pauvre vieille mère - Grimm



Dans une grande ville, une pauvre vieille femme était assise seule un soir dans sa chambre: elle songeait qu'elle avait perdu d'abord son mari, puis ses deux enfants, ensuite tous ses parents les uns après les autres, et qu'enfin elle venait de perdre encore son dernier ami et qu'elle restait abandonnée et seule au monde. Elle sentait en son cœur un chagrin si profond, surtout de la perte de ses deux fils, qu'elle allait dans sa douleur jusqu'à accuser Dieu.
Elle était ainsi plongée dans ses tristes pensées, quand il lui sembla entendre sonner l'office du matin. Tout étonnée que la nuit eût passé si vite, elle alluma sa chandelle et se dirigea vers l'église. A son arrivée elle trouva la nef éclairée, non par les cierges comme à l'ordinaire, mais par une lumière bizarre et d'un éclat douteux. L'église était remplie de monde, toutes les places étaient prises, et, quand la vieille mère voulut se mettre à son banc habituel, elle le trouva tout plein. En regardant ceux qui l'occupaient, elle reconnut ses parents morts, avec leurs habits à l'ancienne mode, mais avec des visages pâles. Ils ne parlaient ni ne chantaient; on entendait seulement comme un bourdonnement et un souffle léger courir dans toute l'église.
Une de ses tantes défuntes s'approcha d'elle et lui dit: « Regarde du côté de l'autel, tu verras tes fils. » La pauvre mère vit en effet ses deux enfants: l'un était au gibet et l'autre sur la roue. Alors sa tante lui dit: « Vois-tu, voilà ce qu'ils seraient devenus si Dieu les avait laissés au monde et s'il ne les avait pas rappelés à lui quand ils étaient encore dans l'âge de l'innocence. »
La vieille mère rentra chez elle en tremblant, et elle remercia Dieu à genoux de ce qu'il avait mieux fait pour elle qu'elle n'avait pu le comprendre. Au bout de trois jours, elle se mit au lit et mourut.

samedi 18 février 2017

Le gobelet de Marie - Grimm



Un jour, la charrette d'un cocher, qui était lourdement chargée de vin, resta coincée dans une ornière, et tous les efforts du cocher pour la faire repartir furent vains. Voilà que la Vierge Marie passait justement par là et, voyant le malheur du pauvre homme, elle lui dit:
- Je suis fatiguée et j'ai soif. Donne-moi un verre de vin et je dégagerai ta voiture.
- Volontiers, répondit le cocher, mais je n'ai pas de verre pour te servir du vin.
Marie cueillit alors une petite fleur blanche avec des rayures rouges, que l'on appelle « liseron des champs » et qui ressemble beaucoup à un verre, et la tendit au cocher. Celui-ci la remplit de vin. Marie le but et au même instant, la voiture fut dégagée, si bien que le cocher put continuer son chemin. Et aujourd'hui encore, cette petite fleur s'appelle « le gobelet de Marie ».

vendredi 17 février 2017

Les trois rameaux verts - Grimm



Il était une fois un ermite qui vivait dans un bois au pied d'une montagne; il partageait son temps entre la prière et les bonnes œuvres, et chaque soir il portait, pour l'amour de Dieu, deux seaux d'eau du pied de la montagne au sommet, afin d'arroser les plantes et d'abreuver les animaux: car il régnait à cette hauteur un vent violent qui desséchait tout, et les oiseaux sauvages, qui fuyaient dans ce désert la présence de l'homme, y cherchaient en vain avec leurs yeux perçants de quoi se désaltérer. Pour récompenser sa piété, un ange de Dieu apparaissait à l'ermite, et, quand sa corvée était finie, lui apportait à manger comme à ce prophète qui, sur l'ordre de l'Éternel, fut nourri par les corbeaux.

jeudi 16 février 2017

Le pain de Dieu - Grimm



Il était une fois deux sœurs, l'une n'avait pas d'enfants et était riche, l'autre avait cinq enfants et était veuve, et elle était si pauvre qu'elle n'avait même plus assez de pain pour apaiser sa faim et celle de ses enfants. Un jour, dans sa détresse, elle se rendit chez sa sœur et lui dit: « Mes enfants et moi souffrons de grande famine, toi qui es riche, donne- nous un morceau de pain. » Mais la sœur riche avait un cœur de pierre et dit: « Moi-même, je n'ai rien dans ma maison », et elle chassa la miséreuse avec de dures paroles. Quelque temps après, le mari de la sœur riche rentra chez lui et voulut se couper un morceau de pain, mais quand le couteau entama la miche, il en coula du sang tout rouge. Quand sa femme vit cela, elle prit peur et lui raconta ce qui s'était passé. Il courut chez la veuve pour lui porter secours, mais lorsqu'il entra, il la trouva en train de prier. Elle tenait ses deux plus jeunes enfants dans ses bras, et les trois aînés étaient allongés là, ils étaient déjà morts. Il lui proposa à manger, mais elle lui répondit: « Nous n'avons plus besoin de nourriture terrestre. Dieu a déjà apaisé la faim de trois d'entre nous et il exaucera aussi nos prières. » À peine ces mots étaient-ils sortis de sa bouche, que les deux petits rendirent leur dernier soupir. Immédiatement après, le cœur de la veuve cessa de battre et elle s'effondra, morte, sur le sol.

mercredi 15 février 2017

La pauvreté et l'humilité mènent au Ciel - Grimm



Il était une fois un fils de roi qui sortit un jour dans les champs. Il était pensif et triste. Il regarda le ciel, qui était si beau, pur et bleu, et soupira en disant: « Comme on doit être bien, une fois qu'on est là-haut, au Ciel! » Il aperçut alors un homme pauvre et très âgé qui venait dans sa direction et s'adressa ainsi à lui:
- Comment pourrais-je bien parvenir au Ciel?
- Par la pauvreté et l'humilité. Prends mes haillons, erre à travers le monde pendant sept ans et apprends à connaître sa misère. N'accepte pas d'argent, mais quand tu souffriras de la faim, demande à des personnes au cœur charitable de te donner un petit morceau de pain, et tu t'approcheras ainsi du Ciel.
Le fils de roi ôta donc son habit somptueux et prit à la place l'habit du mendiant. Il partit de par le vaste monde et endura une grande misère. Il n'acceptait rien hormis un peu de nourriture, ne disait mot et ne faisait que prier Dieu de bien vouloir l'accepter un jour dans son paradis. Quand les sept ans furent écoulés, il revint au château de son père, mais personne ne le reconnut. Il dit aux serviteurs: « Allez dire à mes parents que je suis revenu. » Mais les serviteurs ne le crurent pas, ils éclatèrent de rire et le plantèrent là. Il leur dit alors: « Allez dire à mes frères de descendre, j'aimerais tant les revoir. » Les serviteurs ne voulurent pas faire cela non plus, mais finalement l'un d'entre eux alla le dire aux enfants du roi, mais ces derniers ne le crurent pas et ne s'en soucièrent guère. Le fils du roi écrivit alors une lettre à sa mère dans laquelle il lui décrivait toute sa misère, mais sans lui dire qu'il était son fils. Comme elle avait pitié de lui, la reine lui fit alors indiquer une place sous l'escalier et lui fit porter tous les jours de la nourriture par deux serviteurs. Cependant, l'un des deux était méchant et dit: « À quoi bon donner cette bonne nourriture à un mendiant? » Il la gardait pour lui ou la donnait aux chiens et n'apportait que de l'eau au pauvre homme, qui était faible et décharné. L'autre serviteur était honnête et apportait au mendiant ce qu'on lui donnait pour lui. C'était peu, mais il put en vivre pendant quelque temps. Malgré cela, il était toujours très patient, jusqu'à ce que ses forces commencent à décliner. Mais quand sa maladie empira, il désira recevoir la sainte communion. A la moitié de la messe, toutes les cloches de la ville et des environs se mirent à sonner d'elles-mêmes. Et quand, à la fin de la messe, l'ecclésiastique alla trouver le pauvre homme qui était sous l'escalier, il le trouva mort, avec une rose dans une main et un lis dans l'autre, et près de lui une feuille de papier sur laquelle était écrite son histoire. Quand il fut enterré, il poussa une rose d'un côté de la tombe, et un lis de l'autre.

mardi 14 février 2017

La rose - Grimm


Il était une fois une pauvre femme qui avait deux enfants. Le plus jeune devait aller tous les jours chercher du bois dans la forêt. Un jour qu'il partit en chercher très loin, un brave petit enfant vint le trouver. Il l'aida avec zèle à ramasser du bois et le porta jusqu'à la maison de l'enfant. Mais ensuite, il disparut en un clin d'œil. L'enfant le raconta à sa mère, mais celle-ci ne voulut pas le croire. Enfin, l'enfant apporta une rose et dit que le bel enfant la lui avait donnée en disant qu'il reviendrait quand la rose se serait ouverte. La mère mit la rose dans l'eau. Un matin, l'enfant ne se leva pas de son lit. Sa mère s'approcha du lit et trouva l'enfant mort. Mais il était ravissant. Et ce matin-là, la rose s'était ouverte.

lundi 13 février 2017

Saint Valentin - les films à voir à deux




A 24 heures de la Saint Valentin, quoi de plus romantique que de regarder un film à deux ?
Voici ma sélection de titres pour passer une soirée tendrement enlacés.



1. Orgueil et préjugés De Simon Langton avec Colin Firth, Jennifer Ehle,...
Mrs Bennet n'a qu'un but dans la vie : trouver un riche mari pour chacune de ses cinq filles, afin de leur assurer un avenir serein. Elle espère que l'une d'elles saura plaire à leur nouveau voisin, le sympathique et riche Charles Bingley qui vient de louer la somptueuse demeure de Netherfield. Malheureusement, il est accompagné de ses deux sœurs et de son meilleur ami, Mr Darcy, qui le voient d'un très mauvais œil s'éprendre de Jane, l'aînée des Bennet, car tous trois jugent la famille, à l'exception de Jane, tout juste fréquentable.
Elizabeth, la cadette, suit avec attention l'évolution des sentiments de sa sœur préférée, tout en acceptant les attentions de l'officier Wickham, un milicien séduisant qui ne la laisse pas indifférente. L'œil pétillant de malice, elle observe la société provinciale dans laquelle il lui faut vivre. Elle avoue aimer rire chaque fois qu'elle le peut de la sottise d'autrui. Mais la façon dont l'orgueilleux Mr Darcy s'est conduit à son égard lors de leur première rencontre ne l'a pas fait rire du tout : il ne l'a pas trouvée assez jolie pour l'inviter à danser. Cette « offense capitale » est à l'origine du « préjugé » qu'elle nourrit contre lui : vexée plus qu'elle ne veut se l'avouer, elle tend une oreille complaisante aux calomnies de Wickham, et, par sens de la dignité, se sent obligée de défendre sa famille, même si elle souffre, elle aussi, du manque de bienséance dont font preuve sa mère et ses plus jeunes sœurs, Lydia surtout...



2. Love actually De Richard Curtis avec Hugh Grant, Bill Nighy, Colin Firth, Keira Knightley, Liam Neeson, Laura Linney, Emma Thompson,...
Un Premier ministre (Hugh Grant) secrètement amoureux de sa charmante collaboratrice, un écrivain (Colin Firth) trompé par sa petite amie et qui tombe sous le charme d'une Portugaise au point d'apprendre sa langue, une rock-star sur le retour qui fait la promotion de son dernier single... Tous ces personnages et bien d'autres se croisent au hasard du mariage de Juliet (Keira Knightley) et Peter, ou sur le pas d'une porte, et chacun d'eux va illustrer à sa façon les aléas de la vie amoureuse. Trahisons, ratages, amour fraternel, relations timides ou passions enflammées, les hommes et les femmes en quête d'amour se suivent mais ne se ressemblent pas.


3. The holiday De Nancy Meyers avecShannyn Sossamon, Edward Burns, Eli Wallach, Rufus Sewell, Kate Winslet, Jude Law, Cameron Diaz
Deux femmes, qui hier encore ne se connaissaient pas, décident d'échanger temporairement leurs résidences via Internet. L'Anglaise Iris passera les fêtes de fin d'année dans la résidence hypermoderne de l'Américaine Amanda, tandis que celle-ci s'en ira goûter aux charmes du vieux cottage d'Iris, niché au coeur d'un village médiéval. Mais l'amour va bousculer leurs plans...



4. Entre deux rives De Alejandro Agresti avec Keanu Reeves, Sandra Bullock, Christopher Plummer,...
Le Docteur Kate Forster s'apprête à entamer une nouvelle carrière et une nouvelle vie dans un grand hôpital de Chicago. Son seul regret : abandonner la superbe maison qu'elle avait
louée sur les berges d'un lac de l'Illinois...
Avant de partir, elle laisse un mot à l'attention du prochain occupant, pour lui demander de faire suivre son courrier et lui indiquer que les empreintes de pattes qui maculent la jetée et le seuil de la maison étaient déjà là avant qu'elle n'y emménage.
En prenant possession des lieux, l'architecte Alex Wyler a un choc : la maison, poussiéreuse,
sale, ne ressemble en rien à l'image qu'il s'en faisait. Et pas la moindre trace de pattes...
Des années plus tôt, Alex avait occupé cette résidence familiale, construite par son père. Il décide de la restaurer sans prêter davantage attention au mystérieux message de Kate...



5. N'oublie jamais - De Nick Cassavetes avec Ryan Gosling, Rachel McAdams
Dans les années 1930, Allie est tombée follement amoureuse d'un jeune homme plus modeste qu'elle, Noah, durant les vacances d'été. Son retour en ville à la rentrée a malheureusement eu raison de leur bel amour de vacances. Des années plus tard, alors qu'elle est sur le point de se marier avec Lon Hammond, Allie croise de nouveau le chemin de Noah et tous deux ne parviennent pas à réprimer les sentiments qu'ils éprouvent toujours l'un pour l'autre...



6. Nuits blanches à Seattle De Nora Ephron avecBill Pullman, Rita Wilson, Ross Malinger, Meg Ryan
L'extraordinaire rencontre entre une femme et un homme qui ne sont jamais vus, qui ne se connaissent pas mais qui s'aiment déjà...



7. Ghost De Jerry Zucker avec Demi Moore, Patrick Swayze, Whoopi Goldberg,...
Alors qu'ils vivent le parfait amour, Sam Wheat et Molly Jensen emménagent dans un grand appartement à New York. Un soir, dans une ruelle sinistre, Sam se fait tuer sous les yeux de sa compagne. Il devient alors un fantôme, coincé sur terre. Il arrive à communiquer avec une fausse médium, Oda Mae Brown, qui découvre, par la même occasion, ses réels pouvoirs d'extralucide. Sam va alors enquêter sur sa propre mort et essayer de communiquer avec Molly pour découvrir son meurtrier et la protéger.



8. Autant en emporte le vent De Victor Fleming avec Clark Gable, Vivien Leigh,...
Scarlett O'Hara fête ses 16 ans dans la somptueuse propriété familiale de Tara, en Georgie. Elle passe sa journée à recevoir les hommages de ses nombreux admirateurs qui voient en elle le plus beau parti de la région. C'est pourtant sur le fiancé de sa cousine Mélanie, Ashley Wilkes, qu'elle jette son dévolu. Elle rencontre à cette occasion pour la première fois un spéculateur du nom de Rhett Butler, homme diablement séduisant, mais à la réputation plus que douteuse...



9. Dirty dancing De Emile Ardolino avecPatrick Swayze, Jennifer Grey, Jerry Orbach, Cynthia Rhodes, Lonny Price, Jack Weston, Kelly Bishop, Wayne Knight, Charles Honi Coles, ...
Frédérique, dite Bébé (Jennifer Grey), est une jeune fille de 17 ans issue d'une riche famille juive. Alors qu'elle passe ses vacances à Catskill, elle rencontre Johnny Castle (Patrick Swayze) qui est professeur de danse au village de vacances. Une forte attirance s'installe entre les deux jeunes gens, bien que Johnny soit plus âgé qu'elle et qu'il vienne d'un milieu populaire. Le père de Bébé, le Dr Houseman (Jerry Orbach), s'oppose fermement à cette relation. Mais le spectacle de danse pour lequel Bébé va remplacer une danseuse blessée va la rapprocher encore de Johnny.



10. Coup de foudre à Notting Hill De Roger Michell avecJulia Roberts, Hugh Grant, Hugh Bonneville, Emma Chambers, Rhys Ifans, Tim Mcinnerny,...
Quand un matin, Anna Scott, l'actrice la plus célèbre d'Hollywood, pousse la porte de la librairie de William Thacket, située dans le charmant quartier de Notting Hill, à l'ouest de Londres, le libraire ignore que commence une grande aventure. Une histoire d'amour.



11. Le journal de Bridget Jones De Sharon Maguire avec Renée Zellweger, Hugh Grant, Colin Firth, Jim Broadbent, Celia Imrie, Sally Phillips, James Faulkner, James Reed Faulkner,...
Plongez au cœur des aventures comico-sentimentales d'une « célibattante » trentenaire un peu enrobée et mal dans sa peau. Elle s'appelle Bridget Jones (Renée Zellweger). Elle est employée dans une agence publicitaire de Londres, « Pemberley Publishing », et a quatre ambitions dans la vie : perdre du poids, arrêter de fumer, arrêter de boire et, surtout, trouver enfin le grand amour. Tandis que ses amis, Jude (Shirley Henderson), Shazza (Sally Phillips) et Tom (James Callis), ne cessent de lui prodiguer des avis et des conseils aussi inutiles que désespérés, Bridget hésite entre deux prétendants : son patron, le charmant et sexy Daniel Cleaver (Hugh Grant) et Mark Darcy (Colin Firth), un vieil ami de la famille qui lui a paru de prime abord ennuyeux et distant. Gaffeuse, maladroite et pleine d’humour, elle raconte ses déboires, ses peines et ses joies dans un journal intime, rempli de ses bonnes résolutions.



12. Quatre mariages et un enterrement De Mike Newell avecHugh Grant, Andie MacDowell, Kristin Scott Thomas, James Fleet, John Hannah, Charlotte Coleman, Corin Redgrave, Rowan Atkinson,...
Charles (Hugh Grant) est un célibataire endurci. Il ne vit que pour son petit groupe d’amis : Fiona (Kristin Scott Thomas), Gareth (Simon Callow), Tom (James Fleet), Matthew (John Hannah) et Scarlett (Charlotte Coleman), sa colocataire. Lors d’un mariage où il est témoin du marié, il rencontre Carrie (Andie MacDowell), une jolie Américaine, sans se douter une seule seconde du sentiment de passion qu’elle va faire naître en lui. Il passe la nuit avec elle et tous deux se quittent dans la même optique : il ne se passera jamais rien de sérieux entre eux. Mais, malgré sa volonté de ne plus jamais se laisser tenter par une femme, il tombe malgré tout fou amoureux d’elle. Et lorsqu’il la retrouve quelques mois plus tard sur le point de se marier avec un riche Ecossais, Hamish, il se rend compte qu’il avait sous-estimé les sentiments qu’il éprouvait à son égard. Il va la rencontrer à plusieurs reprises, au cours très précisément de quatre mariages et d’un enterrement.



13. Quand Harry rencontre Sally De Rob Reiner
AvecBilly Crystal, Kyle T. Heffner, Meg Ryan, Carrie Fisher, Steven Ford, Lisa Jane Persky,...
Harry et Sally s'entendent comme chien et chat. Après la fac ils prennent la même destination, New York, mais ne se reverront que cinq ans plus tard, par hasard, dans un aéroport. Chacun a fait sa vie, ils se sont fiancés. Cinq ans passent encore, ils se rencontrent à nouveau. Tous deux viennent de rompre et dans cette étape difficile, ils se découvrent une vraie amitié. La complicité les rapproche à tel point qu'ils finissent par admettre qu'ils sont faits l'un pour l'autre...



14. Titanic De James Cameron avec Leonardo DiCaprio, Kate Winslet
Southampton, 10 avril 1912. Le Titanic, le plus grand paquebot du monde, part en direction de New York. A bord Jack Dawson, passager de troisième classe, fait la rencontre de Rose Dewitt Buckater, une belle fille issue de la haute bourgeoisie. Bien que tout les oppose, les deux jeunes gens vont tomber fous amoureux l'un de l'autre. Leurs projets vont couler en même temps que le Titanic...


15. Crazy stupid love De Glenn Ficarra, John Requa avecSteve Carell, Ryan Gosling, Julianne Moore, Emma Stone, Joey King, Analeigh Tipton, Marisa Tomei
A tout juste quarante ans, Cal Weaver mène une vie de rêve - bonne situation, belle maison, enfants formidables et mariage parfait avec sa petite amie du lycée. Mais lorsqu’il apprend que sa femme, Emily, le trompe et demande le divorce, sa vie « parfaite » s’écroule. Pire, dans le monde des célibataires d’aujourd’hui, Cal, qui n’a plus dragué depuis des lustres, se révèle un modèle d’anti-séduction. Passant désormais ses soirées à bouder tout seul au bar du coin, l’infortuné Cal est pris en main comme complice et protégé d’un séduisant trentenaire, Jacob Palmer. Pour l’aider à oublier sa femme et à commencer une nouvelle vie, Jacob tente de faire découvrir à Cal les nombreuses perspectives qui s’offrent à lui : femmes en quête d’aventures, soirées arrosées entre copains et un chic supérieur à la moyenne. Cal et Emily ne sont pas les seuls en quête d’amour: le fils de Cal, Robbie, 13 ans, est fou de sa babysitter de 17 ans, Jessica, laquelle a jeté son dévolu…sur Cal ! Et en dépit de la transformation de Cal et de ses nombreuses nouvelles conquêtes, la seule chose qu’il ne peut changer reste son cœur, qui semble toujours le ramener à son point de départ.


16. Pretty woman De Garry Marshall avec Julia Roberts, Richard Gere, Amy Yasbeck, Ralph Bellamy, Laura San Giacomo, Giacomo Laura San, Hector Elizondo, Alex Hyde-White
Edward Lewis (Richard Gere) est un homme d'affaires qui a fait fortune, notamment grâce à son associé Philip Stuckey (Jason Alexander). Un soir, Edward rencontre une prostituée, Vivian Ward (Julia Roberts), qui ne le laisse pas indifférent. Il va proposer à la jeune femme de l'engager pour toute une semaine, en contrepartie d'un dédommagement financier conséquent. Durant cette semaine, Vivian va comprendre qu'elle ne veut plus se prostituer, et Edward que l'argent ne suffit pas au bonheur. Tout ceci n'est pas du goût du Philip qui trouve soudainement son associé moins engagé dans les affaires, et qui fera tout pour séparer les tourtereaux.








dimanche 12 février 2017

Les douze apôtres - Grimm






C'était trois cents ans avant la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il y avait alors une mère qui avait douze fils, mais elle était si pauvre et si miséreuse qu'elle ne savait pas comment maintenir ses enfants en vie plus longtemps. Elle priait Dieu tous les jours de faire en sorte que tous ses fils se retrouvent ensemble sur terre avec le Sauveur dont la venue était promise. Lorsque sa misère se fit de plus en plus grande, elle les envoya de par le monde, l'un après l'autre, afin qu'ils gagnent leur pain. L'aîné s'appelait Pierre, il partit et avait déjà fait beaucoup de chemin, une journée entière de marche, quand il se retrouva dans une grande forêt. Il chercha une sortie mais il n'en trouva point, si bien qu'il s'égara de plus en plus. Et il avait si faim qu'il pouvait à peine tenir debout. À la fin, il fut si faible qu'il dut rester allongé et crut que sa mort était proche. Soudain apparut près de lui un petit garçon qui brillait, et qui était beau et gentil comme un ange. L'enfant frappa dans ses petites mains pour que Pierre lève les yeux et le regarde. Il lui parla alors ainsi:
- Pourquoi es-tu si désespéré?
- Ah, répondit Pierre, j'erre de par le monde et je cherche mon pain quotidien pour pouvoir encore voir le cher Sauveur qui nous est promis; c'est mon vœu le plus cher.
- Viens avec moi, répondit l'enfant, et ton vœu sera exaucé.
Il prit le pauvre Pierre par la main et le conduisit, en passant
entre de hautes montagnes, dans une grande grotte. Quand ils y entrèrent, tout y brillait d'or, d'argent et de cristal, et au milieu se trouvaient douze berceaux, l'un à côté de l'autre. Le petit ange dit alors: « Allonge-toi dans le premier berceau et dors un peu, je vais te bercer. » C'est ce que fit Pierre, et le petit ange lui chanta des chansons et le berça jusqu'à ce qu'il s'endorme. Et quand il fut endormi, son frère cadet arriva, guidé lui aussi par son ange gardien, et il fut bercé comme le premier; puis tous les autres arrivèrent chacun à leur tour, jusqu'à ce qu'ils soient tous couchés, endormis, dans les berceaux d'or. Ils dormirent alors trois cents ans, jusqu'à la nuit où le Sauveur de la Terre vint au monde. Alors ils se réveillèrent et furent sur la Terre avec lui, et on les appela les douze Apôtres.

samedi 11 février 2017

Saint Joseph dans la forêt

Conte de Grimm



Il était une fois une mère qui avait trois filles. L'aînée était mal élevée et méchante, la puînée était déjà bien meilleure, même si elle avait aussi ses défauts, quant à la cadette, c'était une enfant bonne et pieuse. Mais leur mère était si étrange qu'elle préférait justement la fille aînée et ne pouvait souffrir la cadette. Pour cette raison, elle envoyait souvent cette pauvre fille dehors, dans une grande forêt, dans l'espoir de se débarrasser d'elle, car elle pensait qu'elle s'y égarerait et ne rentrerait plus jamais à la maison. Mais l'ange gardien de cette fillette, comme celui qui veille sur chaque enfant pieux, ne la quittait jamais et la ramenait toujours sur le bon chemin. Un jour, cependant, l'ange gardien fit semblant de ne pas être là, et l'enfant ne trouva pas le chemin pour sortir de la forêt. La fillette marcha sans relâche jusqu'au soir, et elle vit alors une petite lumière briller au loin. Elle courut dans sa direction et arriva devant une petite cabane. Elle frappa et la porte s'ouvrit sur une seconde porte à laquelle elle frappa également. Un vieil homme portant une barbe blanche comme la neige et à l'air vénérable lui ouvrit la porte. Ce n'était autre que saint Joseph. Il lui dit très gentiment: « Viens, chère enfant, assieds-toi sur ma chaise près du feu et réchauffe-toi. Si tu as soif, j'irai chercher de l'eau claire pour toi, mais je n'ai rien d'autre à manger ici, dans la forêt, que quelques petites racines qu'il te faudra d'abord gratter et faire cuire. » Saint Joseph lui tendit donc les racines; la fillette les racla bien proprement, puis elle sortit un petit morceau de galette et le pain que sa mère lui avait donnés pour la route. Elle mit le tout sur le feu, dans une petite marmite, et se prépara une purée. Quand celle-ci fut prête, saint Joseph dit à la fillette: « J'ai si faim, donne-moi donc un peu de ton repas. » L'enfant le fit bien volontiers et elle lui en donna plus que ce qu'elle garda pour elle, mais la bénédiction divine fit qu'elle fut rassasiée. Quand ils eurent mangé, saint Joseph lui dit:
- À présent, allons-nous coucher. Mais je n'ai qu'un seul lit; allonge-toi dedans et je me coucherai par terre, sur de la paille.
- Non, répondit la fillette, garde ton lit pour toi. La paille est bien assez moelleuse pour moi.
Mais saint Joseph prit l'enfant dans ses bras et la porta dans son lit, où elle fit sa prière avant de s'endormir. Le lendemain matin, en se réveillant, la fillette voulut dire bonjour à saint Joseph, mais elle ne le vit pas. Elle se leva et le chercha, mais elle ne le trouva nulle part. Elle aperçut finalement, derrière la porte, un sac qui contenait de l'argent et qui était si lourd que c'est tout juste si elle pouvait le porter, et sur lequel il était écrit que c'était pour l'enfant qui avait dormi là cette nuit. La fillette partit donc joyeusement avec le sac et arriva sans encombre chez sa mère. Et comme elle lui offrit tout l'argent, celle-ci ne put qu'être contente d'elle.
Le lendemain, la fille puînée eut envie d'aller, elle aussi, dans la forêt. La mère lui donna pour la route un morceau de galette bien plus grand et du pain. Elle connut exactement le même sort que sa sœur. Le soir, elle arriva dans la cabane de saint Joseph, qui lui tendit des racines pour qu'elle en fasse une purée. Quand celle-ci fut prête, il dit à la fillette:
- J'ai si faim, donne-moi donc un peu de ton repas.
- Tu n'as qu'à manger avec moi, lui répondit l'enfant.
Quand saint Joseph lui proposa ensuite son lit, en s'apprêtant à s'étendre sur la paille, elle lui dit: « Non, allonge- toi avec moi dans le lit: il y aura bien de la place pour deux. » Saint Joseph la prit dans ses bras, la déposa dans le lit et alla se coucher sur la paille. Le matin suivant, quand l'enfant se réveilla et chercha saint Joseph, il avait disparu, mais elle trouva derrière la porte un petit sac rempli d'argent. Il était grand comme la main et dessus, il était écrit que c'était pour l'enfant qui avait dormi là cette nuit. La fillette prit le sac et rentra chez elle en courant pour le donner à sa mère, mais elle garda quelques pièces pour elle en cachette.
Cela avait aiguisé la curiosité de la fille aînée, qui voulut aller à son tour dans la forêt le matin suivant. La mère lui donna autant de galette qu'elle voulait pour la route, du pain et aussi du fromage pour manger avec. Le soir, la fillette trouva saint Joseph dans sa cabane, de la même façon que ses deux sœurs. Quand la purée fut prête et que saint Joseph lui dit: « J'ai si faim, donne-moi donc un peu de ton repas », la fillette lui dit: « Attends que j'aie assez mangé, tu pourras manger ce que je laisserai. » Mais elle mangea presque tout et saint Joseph dut racler le bol. Le bon vieillard lui offrit ensuite son lit en disant qu'il irait s'étendre sur la paille: elle l'accepta sans protester et s'allongea dans le lit en laissant au vieil homme la paille dure. Le lendemain matin, quand elle se réveilla, il n'y avait nulle trace de saint Joseph, mais elle ne s'en inquiéta guère: elle cherchait derrière la porte le sac rempli d'argent. Elle eut l'impression qu'il y avait quelque chose par terre, mais comme elle n'arrivait pas bien à distinguer ce que c'était, elle se pencha et se cogna le nez contre cette chose. Mais la chose resta collée à son nez, et quand elle se releva, elle constata avec horreur que c'était un second nez qui était collé au sien. Elle se mit alors à hurler et à pleurer, mais rien n'y faisait, elle ne voyait que son nez, qui était si proéminent. Elle partit alors en courant, criant sans cesse, jusqu'à ce qu'elle rencontre saint Joseph qu'elle supplia tant et si bien qu'il eut pitié d'elle. Il accepta finalement de lui ôter ce nez et lui offrit deux pfennigs en prime. Quand elle rentra chez elle, le soir, sa mère l'attendait devant la porte et lui demanda: « Qu'as-tu eu en cadeau? » La fille mentit alors et répondit:
- Un grand sac plein d'argent, mais je l'ai perdu en route.
- Tu l'as perdu? Oh, mais nous allons le retrouver! s'exclama sa mère en l'attrapant par la main pour aller chercher le sac avec elle.
La fille se mit tout d'abord à pleurer. Elle ne voulait pas la suivre. Finalement, elle partit avec sa mère, mais sur leur chemin, tant de lézards et de serpents les attaquèrent qu'elles ne surent que faire pour leur échapper. La méchante fille finit par succomber sous l'effet de leurs piqûres, et ils piquèrent aussi la mère au pied, pour la punir d'avoir si mal élevé son enfant.

vendredi 10 février 2017

Le maître-voleur - Conte de Grimm


Il était une fois un vieil homme et sa femme, assis devant leur pauvre maison. Après le travail, ils prenaient quelque repos. Tout à coup arriva une magnifique voiture, tirée par quatre chevaux noirs, dont descendit un homme richement vêtu. Le paysan se leva, s'approcha du seigneur, lui demanda ce qu'il désirait et en quoi il pourrait lui être utile. L'étranger lui tendit la main et dit :
- Je n'ai qu'un désir : déguster pour une fois un repas campagnard. Préparez des pommes de terre comme vous le faites pour vous ; je prendrai place à votre table et leur ferai honneur avec joie.
Le paysan sourit et dit :
- Vous êtes comte, prince ou même duc. Des gens très bien ont parfois de telles envies. Que la vôtre soit satisfaite !
Sa femme alla à la cuisine et commença à laver et à éplucher les pommes de terre dont elle voulait faire des boulettes à la mode paysanne. Pendant qu'elle travaillait, le vieux dit à l'étranger :
- En attendant, venez au jardin. J'ai encore quelque chose à y faire.
Il avait creusé des trous et voulait y planter des arbres.
- N'avez-vous pas d'enfants, lui demanda l'étranger, qui pourraient vous aider dans votre travail ?
- Non, répondit le paysan. J'ai bien eu un garçon, ajouta-t-il, mais il est parti de par le monde, voici bien longtemps. C'était un jeune dépravé, malin et astucieux, mais qui ne voulait rien apprendre et ne cessait de jouer de mauvais tours. À la fin, il est parti et je n'en ai plus jamais entendu parler.
Le vieil homme prit un arbuste, le plaça dans un trou et lui adjoignit un tuteur. Et quand il eut rassemblé la terre et qu'il l'eut bien tassée, il lia l'arbre au tuteur avec des brins de paille, en haut, au milieu et en bas.
- Mais dites-moi, dit le seigneur, pourquoi n'attachez-vous pas de même à un tuteur cet arbre rabougri, là dans le coin, qui traîne presque par terre tant il est tordu, de façon qu'il pousse droit ?
Le vieux eut un sourire et dit :
- Vous parlez, Monsieur, comme vous l'entendez. On voit bien que vous ne vous êtes jamais occupé de culture. Cet arbre là est vieux et rabougri. Personne ne pourra plus jamais le redresser. C'est quand ils sont jeunes que l'on peut faire pousser les arbres droit.
- C'est comme pour votre fils, dit l'étranger. Si vous l'aviez dressé pendant qu'il était encore jeune, il ne serait pas parti. Lui aussi a dû devenir dur et rabougri.
- Certainement, rétorqua le vieux, voilà déjà bien longtemps qu'il est parti , il a dû changer.
- Le reconnaîtriez-vous s'il se présentait devant vous ?
- Je reconnaîtrais très difficilement ses traits, répondit le paysan. Mais il est possède un signe particulier, une envie sur l'épaule, qui ressemble à un haricot.
À ces mots, l'étranger retira sa veste, dénuda son épaule et montra l'envie au paysan.
- Seigneur Dieu ! s'écria celui-ci, tu es vraiment mon fils.
Et l'amour qu'il avait pour son enfant gonfla son cœur.
- Mais, ajouta-t-il, comment peux-tu être mon fils ? Tu es devenu un grand seigneur qui vit dans la richesse et le superflu. Comment en es-tu arrivé là ?
- Ah ! père, répondit le seigneur, le jeune arbre était attaché à un tuteur trop faible et il a poussé tordu. Maintenant, il est trop vieux et ne se redressera plus. Comment j'en suis arrivé là ? Je suis devenu voleur. Mais ne vous effrayez pas ; je suis un maître voleur. Pour moi n'existent ni serrures ni verrous. Tout ce qui me plaît m'appartient. Ne croyez pas que je vole comme un quelconque voleur. Non. je ne prends que le superflu des riches. Les pauvres peuvent être tranquilles ; je leur donnerais plutôt que de leur prendre.
- Ah ! mon fils, dit le vieux, tout cela ne me plaît pas pour autant. Un voleur est un voleur. Je te le dis : cela finira mal.
Il le conduisit auprès de sa mère et lorsqu'elle apprit qu'il était son fils, elle en pleura de joie. Mais quand il lui dit qu'il était devenu maître voleur, son visage se couvrit de larmes de tristesse. Finalement, elle dit :
- Même s'il est voleur, il est mon fils et je suis heureuse de le revoir.
Ils prirent tous place à table et le voleur mangea de nouveau avec ses parents la mauvaise nourriture qu'il avait connue si longtemps. Puis le père dit :
- Si notre seigneur, le comte, là-bas dans son château, apprend qui tu es et ce que tu fais, il ne te prendra pas dans ses bras et ne te bercera pas comme il l'a fait le jour de ton baptême ; il t'enverra balancer au bout d'une corde.
- Soyez sans inquiétude, mon père, dit le fils. Il ne me fera rien : je connais mon métier. Aujourd'hui même, j'irai chez lui.
Quand vint le soir, le maître voleur prit place dans sa voiture et se rendit au château. Le comte le reçut avec déférence, le prenant pour un personnage respectable. Lorsque l'étranger lui eut dit qui il était, il pâlit et resta quelque temps silencieux. Puis il dit :
- Tu es mon filleul. Mon pardon tiendra lieu de justice et j'agirai imprudemment à ton égard. Puisque tu te vantes d'être un maître voleur, je vais soumettre ton art à l'épreuve. Si tu échoues, la corde sera ton épouse et le croassement des corbeaux te servira de marche nuptiale.
- Monseigneur, répondit le voleur, choisissez trois épreuves aussi difficiles que vous le voudrez ; si je ne réussis pas à réaliser ce que vous demanderez, vous ferez de moi selon votre bon plaisir.
Le comte réfléchit un instant, puis il dit :
- Eh bien ! pour commencer, il faudra que tu me voles un cheval à l'écurie ; en deuxième lieu, il te faudra retirer les draps de notre lit pendant que nous y serons couchés, ma femme et moi, sans que nous nous en apercevions. En même temps, tu retireras, de son doigt, l'alliance de mon épouse. En troisième et dernier lieu, je veux que tu procèdes à l'enlèvement du curé et du bedeau en pleine église. Prends bien note de tout cela, car il en va de ta vie !
Le maître voleur se rendit à la ville la plus proche. Il acheta de vieux habits à une paysanne et s'en revêtit. Il se farda le visage avec de la couleur brune, y dessinant même des rides. Il remplit un petit tonneau de vin de Hongrie auquel il mélangea un puissant soporifique. Il plaça le tonneau sur un support fixé à son dos et, d'une démarche vacillante, il se rendit à pas lents au château du comte.
Lorsqu'il y parvint, il faisait déjà nuit. Il s'assit sur une pierre dans la cour, se mit à tousser comme une vieille poitrinaire et se frotta les mains comme s'il mourait de froid. Devant la porte des écuries, des soldats étaient allongés autour d'un feu. L'un d'eux remarqua la femme et lui cria :
- Viens par ici, petite mère, viens te réchauffer près de nous. Puisque tu n'as pas de toit, prends l'hôtel qui se trouve sur ton chemin.
La vieille s'approcha d'eux en boitillant, leur demanda de la débarrasser du support et du tonneau et s'assit auprès d'eux.
- Qu'as-tu donc dans ton tonneau, la vieille ? demanda l'un des soldats.
Un bon coup de vin, répondit-elle. Je vis de ce commerce. Pour de l'argent et quelques bonnes paroles, je vous en donnerai volontiers un verre.
- Apporte voir ! dit le soldat.
Elle le servit et les autres suivirent l'exemple de leur camarade.
- Holà ! les amis, cria l'un d'eux à ceux qui se tenaient dans l'écurie, il y a ici une petite mère qui a du vin aussi vieux qu'elle. Buvez-en un coup ; ça vous réchauffera l'estomac mieux que notre feu.
La vieille porta son tonneau dans l'écurie. Un des soldats était assis sur le cheval tout sellé du comte ; un autre tenait la bride, un troisième s'occupait de natter la queue. La vieille versa à boire tant qu'on voulut, jusqu'à épuisement de la source. Bientôt, la bride tomba de la main de celui qui la tenait et lui-même s'en alla ronfler par terre ; l'autre abandonna la queue, s'allongea et ronfla plus fort encore ; celui qui était en selle y resta, mais sa tête s'inclina presque jusque sur le cou du cheval , il s'endormit à son tour et se mit à émettre des bruits de soufflet de forge. Les soldats qui étaient dehors dormaient depuis longtemps. Ils ne bougeaient pas plus que s'ils eussent été de pierre. Quand le maître voleur vit que tout avait bien marché, il plaça dans la main de l'un une corde à la place de la bride, à l'autre un balai de paille en remplacement de la queue. Mais qu'allait-il faire du troisième, celui qui était sur le cheval ? Il ne voulait pas le faire tomber : il se serait réveillé et aurait pu crier. Le voleur trouva le bon moyen : il défit les courroies de la selle, accrocha celle-ci à des cordes qui pendaient au mur dans des anneaux et hissa le cavalier au plafond. Puis il attacha solidement la corde à un poteau. Il eut tôt fait de libérer le cheval de sa chaîne. Mais on risquait d'entendre le bruit que feraient ses sabots sur les pavés de pierre de la cour. Il les enveloppa de vieux chiffons, fit sortir le cheval avec précaution de l'écurie et de la cour, lui sauta dessus et partit au galop.
Quand le jour fut levé, le maître voleur se précipita au château avec le cheval. Le comte venait de se réveiller et il regardait par la fenêtre.
- Bonjour, Monseigneur ! lui cria le voleur. Voici le cheval que j'ai réussi à sortir de l'écurie. Regardez comme vos soldats dorment bien ! Et si vous allez à l'écurie, vous verrez comme vos gardes s'y sont mis à l'aise.
Le comte ne put s'empêcher de rire. Puis il dit :
- Tu as réussi une fois. Il n'en ira pas de même la prochaine. Et je te préviens ; puisque tu t'es présenté comme voleur, agis en voleur.
Le soir, quand la comtesse s'en fut se coucher, elle serra bien fort les doigts de la main qui portait l'alliance et le comte lui dit :
- Toutes les portes sont fermées et verrouillées ; je vais rester éveillé et j'attendrai le voleur. S'il entre par la fenêtre, je l'abats.
Le maître voleur, lui, se rendit dans l'obscurité au gibet, en décrocha un pauvre pécheur qui pendait là et, sur son dos, il le porta au château. Il appuya une échelle sous la fenêtre de la chambre à coucher du comte et commença à grimper. Quand il fut arrivé assez haut pour que la tête du mort apparaisse à la fenêtre, le comte, qui guettait depuis son lit, tira un coup de pistolet. Aussitôt, le voleur laissa dégringoler le pendu, sauta lui-même au bas de l'échelle et se cacha dans un coin. La lune était si brillante qu'il vit nettement le comte descendre par l'échelle, et porter le cadavre dans le jardin. Il commença à y creuser un trou pour l'enterrer. « Voilà le bon moment », se dit le voleur. Il se faufila hors de son coin et monta par l'échelle, dans la chambre de la comtesse.
- Ma chère épouse, dit-il en contrefaisant la voix du comte, le voleur est mort. Mais comme il était mon filleul et qu'il fut plus coquin que méchant, je ne veux pas qu'il soit exposé à la honte publique. J'ai également pitié de ses pauvres parents. Avant que le jour se lève, je vais l'ensevelir moi-même dans le jardin pour que l'affaire ne s'ébruite pas. Donne-moi les draps pour que j'y enveloppe le corps.
La comtesse lui donna les draps.
- Et puis, sais-tu, j'ai envie d'être généreux. Donne-moi donc ta bague. Le malheureux a risqué sa vie pour elle ; qu'il l'emporte dans la tombe.
La comtesse ne voulait pas aller contre la volonté de son mari et, quoiqu'il lui en coûtât, elle retira l'alliance de son doigt et la lui tendit. Le voleur partit avec son butin et arriva sans encombre à la maison, avant même que le comte eût achevé son travail de fossoyeur.
Il en faisait une figure, le comte, le lendemain matin, quand le voleur lui rapporta les draps et l'anneau !
- Serais-tu sorcier ? lui demanda-t-il. Qui t'a sorti de la tombe dans laquelle je t'ai moi-même enfoui ? Qui t'a rendu la vie ?
- Ce n'est pas moi que vous avez enterrée dit le voleur, mais un pauvre pécheur enlevé au gibet.
Et il lui raconta en détail comment il avait fait. Le comte dut convenir qu'il était vraiment un voleur plein de ruse.
- Mais tu n'en as pas fini ! lui dit-il. Il te reste une dernière tâche à accomplir et si tu n'y réussis pas, tout ce que tu as déjà fait ne te servira de rien.
Le voleur sourit et ne répondit pas.
Lorsque la nuit fut venue, il se rendit à l'église du village avec un grand sac sur le dos, un paquet sous le bras et une lanterne à la main. Dans le sac, il y avait des crabes et dans le paquet des petites bougies. Le voleur s'installa dans le cimetière, sortit un crabe du sac, et lui colla une bougie sur le dos. Il l'alluma, posa l'animal sur le sol et le laissa marcher. Il en prit un deuxième, procéda à la même opération et continua ainsi jusqu'à ce qu'il eût retiré tous les crabes du sac. Il s'affubla alors d'une longue houppelande noire qui ressemblait à une robe de moine et fixa à son menton une longue barbe grise. Rendu méconnaissable, il pénétra dans l'église et monta en chaire. L'horloge du clocher sonnait précisément minuit. Quand le dernier coup eut tinté, il cria très fort, d'une voix perçante :
- Oyez, pauvres pécheurs ! La fin du monde est arrivée ! Le jour du jugement dernier n'est plus éloigné ! Écoutez ! Écoutez ! Que celui qui veut aller au ciel entre dans mon sac. Je suis saint Pierre, celui qui ouvre ou ferme la porte du Paradis. Regardez, dehors, dans le cimetière, les morts sortent de leurs tombes et rassemblent leurs ossements. Venez, venez, entrez dans le sac, c'est la fin du monde !
Sa voix retentit dans tout le village. Le curé et le bedeau, qui habitaient tout près de l'église, l'avaient entendue les premiers. Lorsqu'ils virent les lumières se promenant dans le cimetière, ils comprirent que quelque chose d'inhabituel se passait et se rendirent à l'église. Ils écoutèrent le prêche du voleur pendant quelque temps. Puis le bedeau toucha le curé du coude et dit :
- Après tout, il ne serait pas mauvais de profiter de l'occasion et d'aller ensemble, sans plus de difficulté, au Paradis, avant le jugement dernier.
- Bien sûr, répondit le prêtre. C'est ce que je me disais. Si vous êtes d'accord, nous allons y aller.
- Oui, reprit le bedeau, mais la priorité vous appartient. Je vous suivrai.
Le prêtre passa donc le premier et monta en chaire où le voleur tenait son sac. Il s'y faufila, suivi du bedeau. Aussitôt, le maître voleur ficela solidement le sac et le tira au bas de l'escalier. Chaque fois que les têtes des deux dupes heurtaient une marche, il criait :
- Nous franchissons déjà les montagnes !
De la même façon, il les traîna à travers le village et quand il passait dans des flaques d'eau, il disait :
- Maintenant, nous traversons déjà les nuages de pluie !
Et quand, finalement, il monta l'escalier du château, il s'écria :
- Nous sommes dans l'escalier du paradis ; nous allons entrer dans l'antichambre !
Quand il fut arrivé en haut, il jeta le sac dans la cage aux colombes et comme celles-ci battaient des ailes, il dit :
- Entendez-vous comme les anges se réjouissent et agitent leurs ailes ?
Il referma la porte de la cage et s'en fut.
Le lendemain matin, il se rendit auprès du comte et lui dit qu'il avait accompli sa troisième tâche en enlevant le curé et le bedeau en pleine église.
- Où les as-tu laissés ? demanda le comte.
- Ils sont en haut, dans la cage aux colombes, enfermés dans un sac et s'imaginant être au Ciel.
Le comte alla voir lui-même et vit que le voleur lui avait dit la vérité. Quand il eut libéré le curé et le bedeau de leur prison il dit :
- Tu es le roi des voleurs et tu as gagné. Mais disparais de mon pays ! Si on t'y revoit, tu peux être sûr de finir sur la potence.

jeudi 9 février 2017

Hansel et Gretel - conte de Grimm


A l'orée d'une grande forêt vivaient un pauvre bûcheron, sa femme et ses deux enfants. Le garçon s'appelait Hansel et la fille Grethel. La famille ne mangeait guère. Une année que la famine régnait dans le pays et que le pain lui-même vint à manquer, le bûcheron ruminait des idées noires, une nuit, dans son lit et remâchait ses soucis. Il dit à sa femme
- Qu'allons-nous devenir ? Comment nourrir nos pauvres enfants, quand nous n'avons plus rien pour nous-mêmes ?
- Eh bien, mon homme, dit la femme, sais-tu ce que nous allons faire ? Dès l'aube, nous conduirons les enfants au plus profond de la forêt nous leur allumerons un feu et leur donnerons à chacun un petit morceau de pain. Puis nous irons à notre travail et les laisserons seuls. Ils ne retrouveront plus leur chemin et nous en serons débarrassés.
- Non, femme, dit le bûcheron. je ne ferai pas cela ! Comment pourrais-je me résoudre à laisser nos enfants tout seuls dans la forêt ! Les bêtes sauvages ne tarderaient pas à les dévorer.
- Oh ! fou, rétorqua-t-elle, tu préfères donc que nous mourions de faim tous les quatre ? Alors, il ne te reste qu'à raboter les planches de nos cercueils.
Elle n'eut de cesse qu'il n'acceptât ce qu'elle proposait.
- Mais j'ai quand même pitié de ces pauvres enfants, dit le bûcheron.
Les deux petits n'avaient pas pu s'endormir tant ils avaient faim. Ils avaient entendu ce que la marâtre disait à leur père. Grethel pleura des larmes amères et dit à son frère :
- C'en est fait de nous
- Du calme, Grethel, dit Hansel. Ne t'en fais pas ; Je trouverai un moyen de nous en tirer.
Quand les parents furent endormis, il se leva, enfila ses habits, ouvrit la chatière et se glissa dehors. La lune brillait dans le ciel et les graviers blancs, devant la maison, étincelaient comme des diamants. Hansel se pencha et en mit dans ses poches autant qu'il put. Puis il rentra dans la maison et dit à Grethel :
- Aie confiance, chère petite soeur, et dors tranquille. Dieu ne nous abandonnera pas.
Et lui-même se recoucha.
Quand vint le jour, avant même que le soleil ne se levât, la femme réveilla les deux enfants :
- Debout, paresseux ! Nous allons aller dans la forêt pour y chercher du bois. Elle leur donna un morceau de pain à chacun et dit :
- Voici pour le repas de midi ; ne mangez pas tout avant, car vous n'aurez rien d'autre.
Comme les poches de Hansel étaient pleines de cailloux, Grethel mit le pain dans son tablier. Puis, ils se mirent tous en route pour la forêt. Au bout de quelque temps, Hansel s'arrêta et regarda en direction de la maison. Et sans cesse, il répétait ce geste. Le père dit :
- Que regardes-tu, Hansel, et pourquoi restes-tu toujours en arrière ? Fais attention à toi et n'oublie pas de marcher !
- Ah ! père dit Hansel, Je regarde mon petit chat blanc qui est perché là-haut sur le toit et je lui dis au revoir.
La femme dit :
- Fou que tu es ! ce n'est pas le chaton, c'est un reflet de soleil sur la cheminée. Hansel, en réalité, n'avait pas vu le chat. Mais, à chaque arrêt, il prenait un caillou blanc dans sa poche et le jetait sur le chemin.
Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt, le père dit :
- Maintenant, les enfants, ramassez du bois ! je vais allumer un feu pour que vous n'ayez pas froid.
Hansel et Grethel amassèrent des brindilles au sommet d'une petite colline. Quand on y eut mit le feu et qu'il eut bien pris, la femme dit :
- Couchez-vous auprès de lui, les enfants, et reposez-vous. Nous allons abattre du bois. Quand nous aurons fini, nous reviendrons vous chercher.
Hansel et Grethel s'assirent auprès du feu et quand vint l'heure du déjeuner, ils mangèrent leur morceau de pain. Ils entendaient retentir des coups de hache et pensaient que leur père était tout proche. Mais ce n'était pas la hache. C'était une branche que le bûcheron avait attachée à un arbre mort et que le vent faisait battre de-ci, de-là. Comme ils étaient assis là depuis des heures, les yeux finirent par leur tomber de fatigue et ils s'endormirent. Quand ils se réveillèrent, il faisait nuit noire. Grethel se mit à pleurer et dit :
- Comment ferons-nous pour sortir de la forêt ?
Hansel la consola
- Attends encore un peu, dit-il, jusqu'à ce que la lune soit levée. Alors, nous retrouverons notre chemin.
Quand la pleine lune brilla dans le ciel, il prit sa soeur par la main et suivit les petits cailloux blancs. Ils étincelaient comme des écus frais battus et indiquaient le chemin. Les enfants marchèrent toute la nuit et, quand le jour se leva, ils atteignirent la maison paternelle. Ils frappèrent à la porte. Lorsque la femme eut ouvert et quand elle vit que c'étaient Hansel et Grethel, elle dit :
- Méchants enfants ! pourquoi avez-vous dormi si longtemps dans la forêt ? Nous pensions que vous ne reviendriez jamais.
Leur père, lui, se réjouit, car il avait le coeur lourd de les avoir laissés seuls dans la forêt.
Peu de temps après, la misère régna de plus belle et les enfants entendirent ce que la marâtre disait, pendant la nuit, à son mari :
- Il ne nous reste plus rien à manger, une demi-miche seulement, et après, finie la chanson ! Il faut nous débarrasser des enfants ; nous les conduirons encore plus profond dans la forêt pour qu'ils ne puissent plus retrouver leur chemin ; il n'y a rien d'autre à faire.
Le père avait bien du chagrin. Il songeait - « Il vaudrait mieux partager la dernière bouchée avec les enfants. » Mais la femme ne voulut n'en entendre. Elle le gourmanda et lui fit mille reproches. Qui a dit « A » doit dire « B. »Comme il avait accepté une première fois, il dut consentir derechef.
Les enfants n'étaient pas encore endormis. Ils avaient tout entendu. Quand les parents furent plongés dans le sommeil, Hansel se leva avec l'intention d'aller ramasser des cailloux comme la fois précédente. Mais la marâtre avait verrouillé la porte et le garçon ne put sortir. Il consola cependant sa petite soeur :
- Ne pleure pas, Grethel, dors tranquille ; le bon Dieu nous aidera.
Tôt le matin, la marâtre fit lever les enfants. Elle leur donna un morceau de pain, plus petit encore que l'autre fois. Sur la route de la forêt, Hansel l'émietta dans sa poche ; il s'arrêtait souvent pour en jeter un peu sur le sol.
- Hansel, qu'as-tu à t'arrêter et à regarder autour de toi ? dit le père. Va ton chemin !
- Je regarde ma petite colombe, sur le toit, pour lui dire au revoir ! répondit Hansel.
- Fou ! dit la femme. Ce n'est pas la colombe, c'est le soleil qui se joue sur la cheminée.
Hansel, cependant, continuait à semer des miettes de pain le long du chemin.
La marâtre conduisit les enfants au fin fond de la forêt, plus loin qu'ils n'étaient jamais allés. On y refit un grand feu et la femme dit :
- Restez là, les enfants. Quand vous serez fatigués, vous pourrez dormir un peu nous allons couper du bois et, ce soir, quand nous aurons fini, nous viendrons vous chercher.
À midi, Grethel partagea son pain avec Hansel qui avait éparpillé le sien le long du chemin. Puis ils dormirent et la soirée passa sans que personne ne revînt auprès d'eux. Ils s'éveillèrent au milieu de la nuit, et Hansel consola sa petite soeur, disant :
- Attends que la lune se lève, Grethel, nous verrons les miettes de pain que j'ai jetées ; elles nous montreront le chemin de la maison.
Quand la lune se leva, ils se mirent en route. Mais de miettes, point. Les mille oiseaux des champs et des bois les avaient mangées. Les deux enfants marchèrent toute la nuit et le jour suivant, sans trouver à sortir de la forêt. Ils mouraient de faim, n'ayant à se mettre sous la dent que quelques baies sauvages. Ils étaient si fatigués que leurs jambes ne voulaient plus les porter. Ils se couchèrent au pied d'un arbre et s'endormirent.
Trois jours s'étaient déjà passés depuis qu'ils avaient quitté la maison paternelle. Ils continuaient à marcher, s'enfonçant toujours plus avant dans la forêt. Si personne n'allait venir à leur aide, ils ne tarderaient pas à mourir. À midi, ils virent un joli oiseau sur une branche, blanc comme neige. Il chantait si bien que les enfants s'arrêtèrent pour l'écouter. Quand il eut fini, il déploya ses ailes et vola devant eux. Ils le suivirent jusqu'à une petite maison sur le toit de laquelle le bel oiseau blanc se percha. Quand ils s'en furent approchés tout près, ils virent qu'elle était faite de pain et recouverte de gâteaux. Les fenêtres étaient en sucre. - Nous allons nous mettre au travail, dit Hansel, et faire un repas béni de Dieu. Je mangerai un morceau du toit ; ça a l'air d'être bon !
Hansel grimpa sur le toit et en arracha un petit morceau pour goûter. Grethel se mit à lécher les carreaux. On entendit alors une voix suave qui venait de la chambre

- Langue, langue lèche !
Qui donc ma maison lèche ?

Les enfants répondirent

- C'est le vent, c'est le vent.
Ce céleste enfant.

Et ils continuèrent à manger sans se laisser détourner de leur tâche. Hansel, qui trouvait le toit fort bon, en fit tomber un gros morceau par terre et Grethel découpa une vitre entière, s'assit sur le sol et se mit à manger. La porte, tout à coup, s'ouvrit et une femme, vieille comme les pierres, s'appuyant sur une canne, sortit de la maison. Hansel et Grethel eurent si peur qu'ils laissèrent tomber tout ce qu'ils tenaient dans leurs mains. La vieille secoua la tête et dit :
- Eh ! chers enfants, qui vous a conduits ici ? Entrez, venez chez moi ! Il ne vous sera fait aucun mal.
Elle les prit tous deux par la main et les fit entrer dans la maisonnette. Elle leur servit un bon repas, du lait et des beignets avec du sucre, des pommes et des noix. Elle prépara ensuite deux petits lits. Hansel et Grethel s'y couchèrent. Ils se croyaient au Paradis.
Mais l'amitié de la vieille n'était qu'apparente. En réalité, c'était une méchante sorcière à l'affût des enfants. Elle n'avait construit la maison de pain que pour les attirer. Quand elle en prenait un, elle le tuait, le faisait cuire et le mangeait. Pour elle, c'était alors jour de fête. La sorcière avait les yeux rouges et elle ne voyait pas très clair. Mais elle avait un instinct très sûr, comme les bêtes, et sentait venir de loin les êtres humains. Quand Hansel et Grethel s'étaient approchés de sa demeure, elle avait ri méchamment et dit d'une voix mielleuse :
- Ceux-là, je les tiens ! Il ne faudra pas qu'ils m'échappent !
À l'aube, avant que les enfants ne se soient éveillés, elle se leva. Quand elle les vit qui reposaient si gentiment, avec leurs bonnes joues toutes roses, elle murmura :
- Quel bon repas je vais faire !
Elle attrapa Hansel de sa main rêche, le conduisit dans une petite étable et l'y enferma au verrou. Il eut beau crier, cela ne lui servit à rien. La sorcière s'approcha ensuite de Grethel, la secoua pour la réveiller et s'écria :
- Debout, paresseuse ! Va chercher de l'eau et prépare quelque chose de bon à manger pour ton frère. Il est enfermé à l'étable et il faut qu'il engraisse. Quand il sera à point, je le mangerai.
Grethel se mit à pleurer, mais cela ne lui servit à rien. Elle fut obligée de faire ce que lui demandait l'ogresse. On prépara pour le pauvre Hansel les plats les plus délicats. Grethel, elle, n'eut droit qu'à des carapaces de crabes. Tous les matins, la vieille se glissait jusqu'à l'écurie et disait :
- Hansel, tends tes doigts, que je voie si tu es déjà assez gras.
Mais Hansel tendait un petit os et la sorcière, qui avait de mauvais yeux, ne s'en rendait pas compte. Elle croyait que c'était vraiment le doigt de Hansel et s'étonnait qu'il n'engraissât point. Quand quatre semaines furent passées, et que l'enfant était toujours aussi maigre, elle perdit patience et décida de ne pas attendre plus longtemps.
- Holà ! Grethel, cria-t-elle, dépêche-toi d'apporter de l'eau. Que Hansel soit gras ou maigre, c'est demain que je le tuerai et le mangerai.
Ah, comme elle pleurait, la pauvre petite, en charriant ses seaux d'eau, comme les larmes coulaient le long de ses joues !
- Dieu bon, aide-nous donc ! s'écria-t-elle. Si seulement les bêtes de la forêt nous avaient dévorés ! Au moins serions-nous morts ensemble !
- Cesse de te lamenter ! dit la vieille ; ça ne te servira à rien !
De bon matin, Grethel fut chargée de remplir la grande marmite d'eau et d'allumer le feu.
- Nous allons d'abord faire la pâte, dit la sorcière. J'ai déjà fait chauffer le four et préparé ce qu'il faut. Elle poussa la pauvre Grethel vers le four, d'où sortaient de grandes flammes.
- Faufile-toi dedans ! ordonna-t-elle, et vois s'il est assez chaud pour la cuisson. Elle avait l'intention de fermer le four quand la petite y serait pour la faire rôtir. Elle voulait la manger, elle aussi. Mais Grethel devina son projet et dit :
- Je ne sais comment faire , comment entre-t-on dans ce four ?
- Petite oie, dit la sorcière, l'ouverture est assez grande, vois, je pourrais y entrer moi-même.
Et elle y passa la tête. Alors Grethel la poussa vivement dans le four, claqua la porte et mit le verrou. La sorcière se mit à hurler épouvantablement. Mais Grethel s'en alla et cette épouvantable sorcière n'eut plus qu'à rôtir.
Grethel, elle, courut aussi vite qu'elle le pouvait chez Hansel. Elle ouvrit la petite étable et dit :
- Hansel, nous sommes libres ! La vieille sorcière est morte !
Hansel bondit hors de sa prison, aussi rapide qu'un oiseau dont on vient d'ouvrir la cage. Comme ils étaient heureux ! Comme ils se prirent par le cou, dansèrent et s'embrassèrent ! N'ayant plus rien à craindre, ils pénétrèrent dans la maison de la sorcière. Dans tous les coins, il y avait des caisses pleines de perles et de diamants.
- C'est encore mieux que mes petits cailloux ! dit Hansel en remplissant ses poches.
Et Grethel ajouta
- Moi aussi, je veux en rapporter à la maison !
Et elle en mit tant qu'elle put dans son tablier.
- Maintenant, il nous faut partir, dit Hansel, si nous voulons fuir cette forêt ensorcelée.
Au bout de quelques heures, ils arrivèrent sur les bords d'une grande rivière.
- Nous ne pourrons pas la traverser, dit Hansel, je ne vois ni passerelle ni pont.
- On n'y voit aucune barque non plus, dit Grethel. Mais voici un canard blanc. Si Je lui demande, il nous aidera à traverser.
Elle cria :

- Petit canard, petit canard,
Nous sommes Hansel et Grethel.
Il n'y a ni barque, ni gué, ni pont,
Fais-nous passer avant qu'il ne soit tard.

Le petit canard s'approcha et Hansel se mit à califourchon sur son dos. Il demanda à sa soeur de prendre place à côté de lui.
- Non, répondit-elle, ce serait trop lourd pour le canard. Nous traverserons l'un après l'autre.
La bonne petite bête les mena ainsi à bon port. Quand ils eurent donc passé l'eau sans dommage, ils s'aperçurent au bout de quelque temps que la forêt leur devenait de plus en plus familière. Finalement, ils virent au loin la maison de leur père. Ils se mirent à courir, se ruèrent dans la chambre de leurs parents et sautèrent au cou de leur père. L'homme n'avait plus eu une seule minute de bonheur depuis qu'il avait abandonné ses enfants dans la forêt. Sa femme était morte. Grethel secoua son tablier et les perles et les diamants roulèrent à travers la chambre. Hansel en sortit d'autres de ses poches, par poignées. C'en était fini des soucis. Ils vécurent heureux tous ensemble.